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LYCEE FLAUBERT

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Le succès de pestiférés de Jaffa.

Ce tableau immense ( il mesure 5.03m x 7.20m ) est l'oeuvre d'un peintre de 33 ans, Antoine Jean Gros. Il a pour thème la visite de Bonaparte aux pestiférés de Jaffa ( en Egypte), le 11 Mars 1799, pendant la campagne d'Egypte, visite effectuée afin de ranimer le moral des troupes abattues par le terrible fléau (la peste). Ce qui traduit son titre interminable : "Bonaparte, chef de l'armée d'orient au moment où il touche une tumeur pestilentielle en visitant l'hôpital de Jaffa". Une première idée du tableau, en effet, montre l'homme Bonaparte à l'intérieur d'un e étroite chambre entouré d'agonisants. Dans la version définitive, il est devenu, au contraire, un thaumaturge qui touche calmement les plaies d'un malade comme les rois de France autrefois touchaient pour les guérir les écrouelles des pestiférés. Transportée dans la magnificence de l'Orient dont les minarets se déplient à travers l'architecture élégante et riche de vastes arcades mauresques entourants une cour, la scène ne ménage pas ses efforts afin que tout désigne le héros de l'admiration du spectateur. Au milieu des malades Bonaparte vêtu du riche costume de général du Directoire, affiche un visage parfaitement serein. Il est encadré de ses officiers BERTHIER et BESSIERES qui ne partagent pas l'héroïsme de leur chef et manifestent leur désir de s'éloigner. BESSIERES se protège même la bouche au moyen de son mouchoir. C'est une petite vengeance et Gros a raconté pourquoi. Il l'a intimement connu à l'armée d'Italie où BESSIERES était chef d'escadron. Or un matin dans Paris, Gros aperçoit son ancien chef devenu maréchal de France. Il se dirige vers lui pour le féliciter de ses nombreuses promotions. BESSIERES feint de ne pas le reconnaître ; Gros lui rappelle son nom ; alors l'autre consent à lui adresser quelques mots de politesse et s'en va. Il faut se méfier du pouvoir des peintres, il est parfois plus redoutable que celui des militaires.

Il existe peu d'ouvrages aussi complets sous le rapport de l'unité de pensée et d'exécution que LES PESTIFERES DE JAFFA. Gros a réuni le dessin tumultueux de MICHAEL -ANGE et les trésors de couleurs de Véronèse et de Titien. Il ne cache rien de ses penchants romantiques. Tout y est magnifiquement orchestré ; le génial conducteur d'hommes, la misère physique, la douleur, l'exotisme, la répartition des zones de clarté et d'ombre, les fulgurances lumineuses, l'atmosphère tamisée de l'arrière-plan...

Retenu à Versailles par des douleurs rhumatismales dont il est coutumier, Gros ne s'est rendu au salon que le surlendemain du vernissage. Accueilli par ses amis, tous l'ont applaudi avant de le porter en triomphe dans la salle où son oeuvre était couronnée. Puis, le 24 septembre, un banquet a été offert à Gros dans un restaurant des Champs-Elysées. Vien, David, Denon, Girodet et beaucoup d'autres artistes ont participé à cette fête de l'art et du succès.