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LYCEE FLAUBERT

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Le jardin des plantes de Claude Simon (1997)



Ce passage, extrait du roman le jardin des plantes de Claude Simon, paru en 1997, raconte l'arrêt d'un train de prisonniers indigènes en gare de bordeaux. Ces hommes, entassés dans des wagons depuis deux jours, sont en route vers un front Stalag où ils ont été transférés, à des fins de propagande. C'est donc en décrivant ce transfert d'un Stalag à l'autre, que l'auteur dénonce l'ambiguïté du comportement des français face aux wagons de prisonniers. En effet, ce texte incite à se poser une question essentielle : les français étaient-ils passifs délibérément ou n'avaient-ils pas le choix ?

Lorsque le train s'arrête au soir du deuxième jour de Bordeaux, les gardes déverrouillent et ouvrent de nouveau les portes coulissantes mais, semble-t-il, seulement pour permettre d'entrer un peu d'air frais car il n'y a pas de dames de la Croix-Rouge*. Sous la verrière de la gare règne une animation normale, sauf que le quai le long duquel est rangé le train est interdit aux voyageurs civils. Par les portes grandes ouvertes de la gare les prisonniers peuvent voir au-delà du hall la place sur laquelle elle donne. C'est la fin d'une tiède journée d'automne et le soleil s'attarde encore sur les façades. Aux terrasses des cafés des consommateurs sont assis autour des tables devant des apéritifs et des garçons aux tabliers blancs vont et viennent, chargés de plateaux. Certains des buveurs discutent à deux ou trois, d'autres, solitaires, lisent des journaux ou fument des cigarettes dont les voiles bleus s'élèvent dans le soleil déclinant. Sur le quai n°1, des voyageurs accompagnés ou non d'enfants et leurs bagages posés à coté d'eux attendent un train. Ils regardent distraitement le convoi des prisonniers aux portes duquel apparaissent les visages amaigris et basanés. A la fin, on entend des commandements jetés par des voix gutturales et les portes des wagons sont de nouveau refermées et verrouillées de l'extérieur. Un moment plus tard le train s'ébranle.

* A l'étape précedente, en gare de Dijon, les portes des wagons avaient été ouvertes afin de permettre aux dames de la Croix-Rouge d'apporter du pain aux prisonniers.