DANTE ET VIRGILE - 1822
Huile sur toile 189 x 241,5
Hardiesses nouvelles
Les classiques imitant les Grecs et les Latins ont fait leur temps. Ils ne correspondent plus au goût nouveau. Lidée qui sous-tend Dante et Virgile est que, à létranger, de grands génies ont écrit des uvres où la manière de voir et de sentir diffère beaucoup de celle des Français. Les lire, cest exciter son esprit par des sujets nouveaux, cest animer son imagination par des hardiesses nouvelles. Si nouvelles que le tableau de Delacroix reçut un accueil mitigé: Delécluze, disciple de David, y voyait "une vraie tartouillade". Delacroix sinspire de lécriture visionnaire du poète italien, afin de mettre en scène un tableau dune force et dun romantisme évidents.
Vers lEnfer
Bien quinspirée de la tradition mythologique, luvre montre le poète italien Dante Alighieri (1265-1321). Dante raconte dans sa Divine Comédie, (1306-1321), la visite quil aurait accomplie dans lenfer, guidé par Virgile. La Divine Comédie est divisée en trois parties : lenfer, le purgatoire, le paradis, et cest en enfer que Dante effectue ce voyage initiatique avec le poète antique, traversant les neuf cercles et rencontrant Béatrice, qui le conduira au paradis. Ici, Dante et Virgile, conduits par Plégias, franchissent le lac qui entoure la cité infernale de Dité et dans lequel se tordent des damnés. Les damnés tentent de séchapper de lenfer en saccrochant à la barque (Dante, Divine Comédie, Enfer, chant VIII).
© [Louvre.edu] Vincent Pomarède
DANTE ET VIRGILE
Un article de Thiers, cité par Delacroix dans le Salon de 1846
... Ce n'est pas sans un vif plaisir que les purs enthousiastes d'Eugène Delacroix reliront un article du Constitutionnel de 1822, tiré du Salon de M Thiers, journaliste.
" Aucun tableau ne révèle mieux à mon avis l'avenir d'un grand peintre, que celui de M Delacroix, représentant le Dante et Virgile aux enfers. C'est là surtout qu'on peut remarquer ce jet de talent, cet élan de la supériorité naissante qui ranime les espérances un peu découragées par le mérite trop modéré de tout le reste.
"Le Dante et Virgile, conduits par Caron, traversent le fleuve infernal et fendent avec peine la foule qui se presse autour de leur barque pour y pénétrer. Le Dante, supposé vivant, a l'horrible teint des lieux; Virgile, couronné d'un sombre laurier, a les couleurs de la mort. Les malheureux, condamnés à désirer éternellement la rive opposée, s'attachent à la barque : l'un l'a saisit en vain, et, renversé par un mouvement trop rapide, est replongé dans les eaux ; un autre l'embrasse et repousse avec les pieds ceux qui veulent aborder comme lui ; deux autres serrent avec les dents le bois qui leur échappe. Il y a là l'égoïsme de la détresse, le désespoir de l'enfer. dans ce sujet, si voisin de l'exagération, on trouve cependant une sévérité de goût, une convenance locale, en quelque sorte, qui relève le dessin, auquel des juges sévères, mais peu avisés ici, pourraient reprocher de manquer de noblesse. Le pinceau est large et ferme, la couleur simple et vigoureuse, quoique un peu crue.
"L'auteur a, outre cette imagination poétique qui est commune au peintre comme à l'écrivain, cette imagination de l'art, qu'on pourrait appeler en quelque sorte l'imagination du dessin, et qui est tout autre que la précédente. Il jette ses figures, les groupe et les plie à volonté avec la hardiesse de Michel-Ange et la fécondité de Rubens. Je ne sais quel souvenir des grands artistes me saisit à l'aspect de ce tableau ; je retrouve cette puissance sauvage, ardente, mais naturelle, qui cède sans effort à son propre entraînement. "
(...) Je ne crois pas m'y tromper, M. Delacroix a reçu le génie ; qu'il avance avec assurance, qu'il se livre aux immenses travaux, condition indispensable du talent ; et ce qui doit lui donner plus de confiance encore, c'est que l'opinion que j'exprime ici sur son compte est celle de l'un des grands maîtres de l'école. "
A. Thiers
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